positif

jeudi 2 octobre 2008

Aujourd'hui j'ai décidé d'être positif et optimiste, de m'aimer et d'aimer les autres. l'homme est bon et capable de grandes choses. Je vais donc le prouver et aller au supermarché, accomplir mon destin dans la galerie marchande ou je passerai mon après midi. je remplirai mon caddie de choses inutiles que mes enfants réclament à grand cris.

parfois j'entends des gens me traiter de beauf. Pourtant je fais partie de l'élite. Un pur Français..

Mes enfants sont obèses. Je ne leur refuse rien. Mon fils ne fait rien à l'école mais c'est la faute aux profs, à la société, aux autres.. pas à moi en tout cas. Hier j'ai été convoqué par le principal. J'ai trouvé un tas d'excuses .

De toute façon mon fils est le meilleur . A un moment le directeur de l'école a employé une expression bizarre. "Se remettre en question".. Je savais bien qu'il était bizarre. Avec mes amis en buvant notre bière devant la télé on s'est tapé le ventre. Bizarre. pour employer des mots pareils il faut être bizarre. Un an après on en rigole encore.J'ai fini par faire circuler une pétition contre lui en le traitant d'incompétent, pour qu'il parte.

Dans la galerie marchande je regarde les gens bien en face. Je suis fier moi, je ne baisse pas les yeux.

J'ai l'impression décrire l'histoire en remplissant mon caddie.

Je parle tout haut des nouveautés high tech que j'ai lu dans les magazines pour montrer que je suis informé moi. Mes enfants se roulent par terre lorsque je leur refuse quelque chose, s'empiffrent de gâteaux tout l'après midi. Nous rentrons chez nous ou noue mettons le home cinéma acheté à crédit. Voila une bonne journée. Le dimanche c'est jour de boum boum avec bobonne. Vite fait avant d'aller voir les copains au café.

je me suis acheté un 4X4 à crédit. Pourquoi aurais je honte d'avoir un véhicule qui pollue et fait du 12 litres au 100 en ville. C'est un véhicule que si les piétons se font écraser ils n'ont aucune chance. Ils n'ont pas à se mettre sous les roues non plus. Pour acheter mon pain à la boulangerie qui est à 100 mètres je laisse tourner le moteur 10 minutes puis j'y vais en 4X4. il faut bien que je l'amortisse.

Avec mes voisins on parle des heures et des heures du jardin de la pluie du beau temps et surtout du voisin du bout de la rue qui a l'air bizarre. Un intellectuel qui n'ouvre la bouche que pour dire des choses bizarres et des mots que je ne connais pas, "conjoncture, tolérance, mixité sociale". Tiens cui la je ferais bien aussi une pétition contre lui. Il faudrait qu'il parte. Il ne s'intègre pas dans le quartier. Lorsqu'il passe devant nous on s'arrête de parler et on le regarde exprès pour lui montrer qu'il n'est pas le bienvenu.

Ses arbres vont bientôt dépasser dans ma propriété. quand ce sera le cas, je vais lui faire un procès et si je perds j'irai jusqu'en cassation. Et puis il y a son chien . Je suis sur que c'est lui qui aboie. J'en parlerai demain à la gendarmerie. J'ai demandé à mon fils d'embêter son fils dans la cour de récré.

J'en passe. Je pourrais vous décrire tout ce qui fait que je m'aime, que j'aime ma vie et qu'on m'aime. L'orthographe, la culture ça ne sert à rien. Ce qui compte est d'être le plus fort pour être aimé, avoir le dernier mot. Et j'ai toujours le dernier mot, sur la route, avec ma femme qui rit de toutes mes blagues, mes amis. Il n'y a pas de place pour les faibles, les chômeurs les étrangers. Moi je joue au loto tous les jours et au tiercé.

Avec mes amis au café on rigole des faibles des étrangers. J'ai beaucoup d'amis. C'est normal puisque je suis quelqu'un de bien.

Et oui pour être aimé il faut s'aimer et j'en suis la démonstration. Je ne doute jamais, je suis positif. Bon petit soldat qui accomplit son devoir civique de consommer sans peur et sans reproches, chevalier des supermarchés, de la caste des adorateurs du caddie.

Non décidément je serai positif demain

le bonheur

mercredi 1 octobre 2008

Tiens ce soir j'ai rencontré mon ami le clochard. Mon ami pue l'urine et la crasse. Voilà pourquoi je m'approche de lui très près pour ne pas lui montrer le dégout qu'il m'inspire. Il pourrait se vexer.. Mon ami le clochard a l'haleine fétide. C'est pour ça qu'il m'intéresse car la vraie vie n'est pas aseptisée. D'ailleurs, c'est mon ami qui l'a raconté, les cosmonautes qui reviennent de l'espace sont horrifiés par l'odeur de la terre lorsqu'ils sortent de leur capsule. Ils craignent de ne plus pouvoir s'y habituer.

Mon ami me parle du bonheur, quelque chose qu'il ne connait pas. Mon ami parle très bien du bonheur. D'ailleurs les gens ne parlent jamais aussi bien que de ce qu'ils ne connaissent pas. Il me parle de son bonheur que ce soir il ne pleuve pas.
Il ne savait pas ou aller dormir. ce faisant il s'approche très près de moi. il me parle des quelques euros qu'il a récoltés et qui lui serviront à s'acheter une bouteille ou un peu de viande ou s'il est patient à se payer une chambre d'hôtel.

Mon ami a un faible niveau d'exigence.il se contente d'un regard amical, d'un signe de compréhension. Il cherche à repérer dans la foule anonyme les anciens clochards. Et ceux qui le deviendront. C'est son plaisir. Il croit déjà les voir près de lui en train de faire la manche. Soudain il me montre cet homme élégant passant au bras d'une femme qui a trente ans de moins que lui.

Il me dit. tiens celui la sera bientôt clochard . De fait en passant à notre hauteur, l'homme dont la conversation tourne sur l'argent, le rendement de ses titres, ses connaissances haut placées, magistrat, avocat, préfet, sa voiture, un 4X4, se trouble. La jeune femme à son bras s'en émeut et lui demande ce qu'il lui arrive
il répond "rien. ".

Il revient alors sur ses pas et laisse une pièce à mon ami. Et celui ci triomphant de dire, son haleine m'assommant presque. Tu vois je te l'avais bien dit.

Un soir je n'ai plus vu mon ami. Il parait, il se murmure qu'il est mort de bonheur un sourire béat sur ses lèvres. La veille il avait dormi à l'hôtel, celui en face de la gare, qui doit bientôt fermer car il n'est pas aux normes .

reflets

mardi 30 septembre 2008

I) Hier je passais devant la glace d'un magasin. J'ai vu à l'intérieur un homme qui me regardait l'air fatigué, un peu las, vouté. je lui ai fait un signe. Il a fait un signe. J'ai souri, il a souri.

Ce manège a duré un certain temps. Un groupe de jeunes filles est passé. Elles ont éclaté de rire en me regardant. "Trop mignon le mec". Je ne savais de qui elle parlait.

A présent l'homme dans la glace paraissait rouge, encore un peu plus triste, comme s'il avait voulu rentrer 6 pieds sous terre . soudain j'ai compris: l'homme était mon reflet. Je l'ai alors abandonné là tout seul dans la nuit, sur cette vitrine de passage. Je me suis enfui comme un voleur, laissant la mon reflet, cul terreux sur la misère de la vitrine, balafrée à présent de chiures de mouches.

II) Il est tard. Je pense à la bonté des gens. C'est bien connu les gens sont bons par nature et c'est la société qui les a corrompus. Pardon ROUSSEAU.

Voila pourquoi les jeunes filles sont moqueuses et dans les cours de récré se moquent ce celui la, timide, qui plus tard sera éclaboussé par la haine des cancres.Celui la qui plus tard ira dans les bars un peu louche trainer sa frustration et, manque de chance ce jour la, se fera arrêter dans une descente de police. il sera le seul d'ailleurs .

Celui la, trop gros, trop maigre, pas assez ou trop de quelque chose, qui se demande ce que veut dire l''expression "libération des mœurs", lui qui, tous les matins, regarde passer ce train, qui jamais ne s'arrête pour lui.Il restera toute sa vie l'enfant qui regarde manger les autres dans ce banquet sans fin.On le dira inapte au bonheur obligatoire.

Celui la, trop ou pas assez de quelque chose, qui ce soir la boira, dansera maladroitement avec quelques filles, qui, bien élevées ne montreront pas leur mépris ou leur amusement. Il s'oubliera, croyant s'être amusé . Il pensera être enfin intégré, accepté par les autres. Manque de chance il se fera choper lors d'un contrôle d'alcoolémie. Après être sorti de garde à vue il ira voir sa mère qui le consolera .

il regardera le film diner de cons pour la cinquantième fois, se disant qu'après tout il est le con de la terre entière, quand on sait ce qu'est le con.

L'homme est bon.

Voila pourquoi les plus forts écrasent les plus faibles, que le soldat mitraille le vieillard dans le village abandonné, ni vu ni connu, personne n'en saura rien..

Voila pourquoi dans le secret des alcôves et des familles un enfant pleure tout seul. Peur de son père qui ce soir ira le voir peut être pour le tabasser. Il espère. Il est tard. peut être son père est il resté chez les putes. peut être a t'il bu tellement qu'il est tombé dans le caniveau.
Ou peut être la réunion du conseil d'administration, que son père, PDG d'une importante société préside, s'est elle éternisée. et le père sera reparti avec sa secrétaire qu'il menace de licencier si elle ne lui fait pas la totale.

les voisins pressés ne voient rien ou font semblant. L'enfant est sale, il a de la morve au nez. Il est mal élevé. Vous comprenez il ne faut pas que je rate mon métro.

Et puis cet enfant est impoli. Il regarde dans les yeux.

L'homme est bon c'est sur.

A bord de son 4X4 qui pousse la voiture devant lui. Ôtes toi de là que je m'y mettes.

Sur la fille qu'il écrase de son poids, avec ce qu'il croit être sa virilité.La fille saoule qui regarde le plafond tanguer au dessus d'elle.

Dans son poing qui tient une arme, dans une guerre des gangs ou il se réalise enfin pleinement et comprend, avec ce qui lui reste d'âme, que son avenir est dans l'instant, dans l'honneur de son gang, sa tribu pour laquelle il doit mourir stupidement. Car seul l'absurde et l'inutile, le vain, donnent du sens à sa vie.Alors ce soir, cet enfant mourra dans le caniveau, ayant accompli stupidement sa destinée

Et je m'endormirai devant la télé

vers lons le saunier(jura)

dimanche 28 septembre 2008



voici la reculée de baume, lieu ou le passé et le présent se retrouvent


l'heure est au silence qui calme les blessures



un village blotti tache d'oublier son passé radieux



ici les arbres furent en fleur, en cet été qui parait suspendu aux lèvres de la mémoire



plus loin et plus bas on croit deviner le babil de quelques vieux



une rangée de vigne, seule géométrie variable du paysage



les courbes du val entourent les souvenirs



sur un promontoire le château du seigneur clame son orgueil d'être



l'anneau de la terre se met aux doigts des promeneuses



qui se marient avec le bruit de la cascade



en ce matin ourlé de l'eau qui dégouline des entrailles de la terre



toute l'eau qui creuse inlassablement la tombe du matin



le matin qui pourtant s'allonge de plus en plus sur les hauteurs de la reculée



il en est de l'eau comme des amertumes, qui creusent les sillons des joues



Parfois jaillissent des écumes du centre de la terre



qui oublient que tout a une fin



et que le sol cruel et la pesanteur à jamais stopperont leur chute .



Alors il faut se relever, lever ses yeux vers le ciel dans un dernier effort



et jeter un dernier regard à la mêlée des eaux écumantes.



le lac de chalain, lieu aussi de tant de promenades



mais aussi des premiers émois au camping de la pergola, Martine,



ses premières ivresses, elle avait le vin triste et pleurait à chaudes larmes



un jour elle s'est mise à nager, a quitté les rives de l'enfance



a traversé le lac et est devenue adulte à jamais



et tandis que ses amants faisaient le siège de notre lit



je m'aveuglais à regarder les lacs s'envaser inéluctablement



pourtant la douceur des rives était comme un baume sur mes yeux fatigués



et je laissais mes pensées errer comme des libellules



sur les rives du lac de mes enfances, dont les contours



finissaient pas devenir sans fin. Je regardais les vaguelettes s'échouer doucement



sur la berge de mes rêveries, entre enfance et adolescence, prisonnier de son corps.



Retour à baume les messieurs. la falaise se dresse, invitation à l'escalade



le village prolonge la falaise et lui donne sa grandeur



l'ombre gagne les rues et je me rappelle. Je me rappelle les chants grégoriens



les moines qui ont fait vœu de silence et de chasteté



Je me rappelle aussi, les bruits de pas dans le jardin


qui faisaient voler la poussière, les bruits de pas qui hantaient le monastère



Une fois sorti de l'abbaye la route est tout de suite la


Je me retourne, le village est déjà dans l'ombre, replié sur lui même


un peu plus loin les arbres tordus par les hivers sans fin



accrochent de leurs ramures la vapeur du torrent et les souvenirs



Déjà la forêt impatiente de me voir partir, me pousse



le torrent s'assagit et dessine des concrétions, qu' il détruit lors de ses caprices




le paysage ne reste jamais figé, change lui aussi à chaque instant,



absorbe le village en contrebas dans l'obscurité de ses à pics



rétrécit le champ des pensées, et des conversations, pousse les villageois à rentrer chez eux



et l'étrave de la falaise me ramène à bon port dans le jour qui se meurt.


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